L’HISTOIRE DE CHICAGO MAY – Nuala O’Faolain

Avez-vous déjà entendu parler de Chicago May? De son vrai nom May Duignan, cette Irlandaise originaire d’Edenmore a été l’une des criminelles les plus célèbres de son époque.

Nous sommes en 1890, May a dix-neuf lorsqu’elle s’enfuit de chez elle après avoir volé toutes les économies de ses parents. Issue d’une famille de pauvres paysans, May s’embarque pour l’Amérique, mais attention… en première classe!

Seule, May s’installe à Chicago. D’une beauté magnétique, cette rousse aux yeux bleus ruse afin d’arnaquer les hommes et leur portefeuille. Pour survivre, peu d’options s’offrent aux femmes seules à cette époque. La prostitution en est une, et May y a recours dans des conditions effroyables lors de l’Exposition Universelle. 

May rejoint alors New York pour danser dans la comédie musicale Belle de New York. C’est l’époque des bidonvilles irlandais dans Central Park. Toujours seule, Chicago May n’a pas froid aux yeux et trouve toujours le moyen de se débrouiller. 

Elle se rend ensuite à Londres, puis à Paris avec son amant Eddie Guerin où elle participe au casse de l’American Espress. 

«A Edenmore, au début du XXe siècle, son mari, si elle en avait eu un, aurait été, selon toute probabilité, de dix ans son aîné. Une femme avec la dot qu’elle lui aurait apportée aurait eu à s’occuper d’un nombre indéterminé d’enfants «envoyés par Dieu», de trois ou quatre vaches, de dix veaux, de cinquante ou soixante poules et coquelets, d’une demi-douzaine de canes et d’un canard, d’un jars et peut-être de deux oies et de leurs oisons (…). Elle aurait travaillé dur jour et nuit à transporter de l’eau, à planter et arracher des pommes de terre, à traire les vaches, à nourrir les veaux, à préparer la nourriture pour les cochons, pour les poules, pour la famille, pour le bébé, pour la belle-mère là-haut dans la chambre.(…). Et il y aurait eu la prière. 
Donc, dans la douceur de la nuit parisienne, si May souriait devant les bureaux de l’American Express (…), elle avait bien raison. Elle n’avait qu’à sentir la nuit parisienne, goûter sa propre excitation et, en même temps, songer à la masse – comme un iceberg – de dur labeur qui écrase la vie d’une femme.»

Qui d’autre que l’auteure irlandaise à l’immense talent, Nuala O’Faolain, pour raconter l’histoire de cette femme qui paya son indépendance au prix fort? 

La forme du récit mêle biographie et fiction, tout en tirant des parallèles avec la vie et les expériences de l’auteure. Le ton est assez journalistique et le travail de recherche historique gigantesque. Bien que très peu d’actions se déroulent en Irlande, le pays d’origine de Chicago May est très présent tout au long du roman. A un moment de sa vie, elle devra d’ailleurs retourner en Irlande où elle ne sera plus la bienvenue. 

Qu’il s’agisse de ses romans ou de ses récits autobiographiques, les textes de Nuala O’Faolain résonnent en moi. J’ai éprouvé un véritable coup de coeur pour l’ensemble de son oeuvre. Mais malheureusement, « L’Histoire de Chicago May » fera exception.

Est-ce lié au style particulier du roman ou à l’histoire en elle-même? Il s’agit d’un document historique d’une qualité incontestable, mais j’ai eu énormément de peine à ne pas perdre le fil du récit. Je ne connaissais rien de Chicago May et j’ai vraiment eu envie de m’y intéresser, mais je n’ai ressenti aucune empathie envers son personnage car ses sentiments et ses émotions ne sont que très peu abordés. Toutefois, malgré ma déception, ce livre a été très instructif, car au travers de la vie de Chicago May, c’est tout un pan de l’Histoire qui est compté.

«L’Histoire de Chicago May» a reçu le Prix Femina Etranger en 2006.

Ouvrage sorti de ma PAL dans le cadre du mois irlandais du Beach Book Club

Sabine Wespieser éditeur, 2006, titre original «The Story of Chicago May», traduit de l’anglais (irlande) par Vitalie Lemerre, 448 pages

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