LE LIVRE DE SARAH – Scott McClanahan

L’auteur Scott McClanahan est le personnage principal de son propre livre dont il est également le narrateur… mais espérons pour lui qu’il ne s’agisse pas d’un récit autobiographique.

«Je n’ai qu’une certitude dans la vie. En vivant assez longtemps on se met à perdre des choses. On finit par se les faire voler : d’abord on perd sa jeunesse, et puis ses parents, et puis on perd ses amis, et puis finalement on se perd soi-même.»

D’une voix simple et quelque peu naïve, Scott nous fait partager sa vie qui est sur le point de partir en cacahuète. Sarah, son épouse et la mère de leurs deux jeunes enfants, veut divorcer. Scott a des problèmes d’alcool en plus d’être toujours à côté du sujet. C’est le genre de type qui croit bien faire, mais qui prend trop souvent la mauvaise direction.

«Je ne pensais pas que ça pouvait être pire, mais si. Un soir j’ai vendu mon alliance après avoir signé les papiers avec Sarah, pour qu’avec mon pote Chris on puisse aller au Lady Godiva’s. Je suis allé au Cash 4 Gold avec mon pote et le type derrière le comptoir a regardé mon alliance et dit : «Je vous en donne deux cent cinquante dollars.»
J’ai répondu : « Vendu. » J’ai regardé Chris et puis j’ai regardé le type et j’ai demandé vingt dollars en billets de un. Mais là Chris a décidé qu’il n’avait plus envie d’y aller.»

Scott revient sur ses souvenirs et sa rencontre avec Sarah, mais également sur ses efforts complètement inadaptés pour la reconquérir. 

Malgré son côté paranoïaque et ses réactions parfois agaçantes, Scott est un personnage très attachant qui nous emporte avec lui dans ses mésaventures souvent comiques d’ailleurs. 

«L’eau coulait et Mr. King nous écoutait assis sur le carrelage de la salle de bains. Il était assis et il se grattait les oreilles et je lui ai dit que tout se passerait bien. Sarah a versé du shampoing antipuce dans le bain et ça a fait des bulles et un tas de mousse. Je m’apprêtais à mettre King dans la baignoire mais il s’est dirigé vers la poubelle de la salle de bains, il a levé la patte et il a pissé.»

Alors oui, il règne dans ce petit coin de Virginie-Occidentale, et plus particulièrement chez Scott, une ambiance glauque et légèrement poisseuse, mais ce texte est bien plus profond qu’il n’y paraît. 

«J’ai pensé au monde secret et à nos vies secrètes et aux mensonges de nos esprits. J’arrêtais pas d’avoir des pensées honnêtes pour la première fois depuis longtemps. J’ai pensé que je portais des habits fabriqués quelque part dans le tiers-monde, et que je me foutais de qui les fabriquait. Je mangeais du fast-food et je faisais mes courses dans des magasins qui soutenaient des causes conservatrices et je m’en foutais. Je faisais mes courses dans des magasins clairement antisyndicaux et je ne me demandais pas pourquoi les pompes que je portais coûtaient seulement cinquante dollars au lieu de quatre cents. J’allumais la lumière et je me foutais d’où elle provenait. Tous les ans je payais des impôts à un pays qui fabriquaient des bombes pour faire sauter des gens et j’avais des pensées horribles sur des hommes, des femmes et des enfants aussi. J’étais quelqu’un d’horrible parfois. Et puis j’ai souri et j’ai chuchoté à un monde plein de gens imaginaires : « Et vous savez quoi? Parfois, vous aussi.»

Le récit est agrémenté de photos par-ci, par-là, ce qui donne au texte une dimension supplémentaire.

«Et maintenant, des années plus tard, je ne peux que penser la même chose. Si j’avais su que les choses se passeraient comme ça j’aurais été différent. Si j’avais su que les choses se passeraient comme ça, j’aurais été plus gentil.»

Des mots d’une humanité et d’une sincérité hors du commun se dégagent de la langue de cet écrivain.

Scott McClanahan est auteur de plusieurs recueils de nouvelles et de «Crapalachia», roman qui m’a l’air très tentant – éditions Cambourakis, 2018.  

Editions de l’Olivier, 2020, titre original « The Sarah Book », traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Théophile Sersiron, 240 pages

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