LE DERNIER ENFANT – Philippe Besson

«Et immanquablement, elle est renvoyée à tous les matins qui ont précédé, ceux des balbutiements et ceux de l’affirmation, les matins d’école et les matins de grasse matinée, les matins d’hiver dans la lumière électrique et les matins d’été comme celui-ci, les matins malades et les matins en vacances, les pacifiques et ceux du mauvais pied, combien y a-t-il eus, il serait facile d’établir le compte exact, mais elle redoute que le compte exact ne lui donne le vertige, tous ces matins, qu’il pleuve ou qu’il vente, elle était présente et c’est fini, ça s’arrête ici, ça s’arrête maintenant.»

Une journée dans la vie d’une femme, celle du départ de son dernier enfant. Anne-Marie, la cinquantaine, mariée depuis trente ans à Patrick, est maman de trois grands enfants. Aujourd’hui, le couple va aider Théo, le petit dernier, à s’installer dans son premier studio. Nous suivons les pensées d’Anne-Marie, de la préparation du “dernier” petit-déjeuner de son benjamin, jusqu’au retour du couple au foyer, seul, sans son dernier enfant.

Evidemment, une telle étape pousse tout parent à la nostalgie. Le temps passe si vite. Le départ des enfants, de surcroit du dernier, est certes un événement marquant. Un passage obligatoire plus ou moins difficile à traverser, mais heureusement dans la normalité des choses qui doivent advenir. 

Tout au long de ma lecture, j’ai eu l’impression que Philippe Besson nous racontait le deuil d’une mère qui avait définitivement perdu son enfant. L’éditeur parle d’un roman tout en nuances, personnellement, j’ai trouvé que ce texte en manquait terriblement. C’est triste, noir, sans espoir. Lorsque je lis un livre, j’aime qu’il m’en apprenne sur moi par l’expérience d’une autre personne. Les pensées de cette mère s’arrêtent uniquement sur les aspects négatifs de sa situation. Comment rebondira-t-elle? Quelle fierté tire-t-elle de l’éducation de ses enfants? Leur relation se termine-t-elle à cet instant?  Cette mère regrette de ne pas être allée au cinéma ou de ne pas être partie en voyage à Londres avec son fils. Une maman ne peut-elle plus passer du temps avec son enfant adulte? 

«Elle aurait voulu tout bêtement ralentir la course du temps: il lui a filé entre les doigts comme le sable sur la plage en août.»

Anne-Marie est une femme de cinquante ans. Son dernier enfant envolé, plus rien ne l’occupera. Ah si! Elle vient de trouver une raison de s’arracher à la chaise, elle s’empare de l’éponge et frotte, s’acharne même contre la tache provocante; les réflexes ont ça de bon qu’ils vous fournissent des distractions salutaires. Sa vie se limitera désormais à ripoliner son intérieur. Une seule lueur dans le brouillard, ses amies. L’auteur se concentre sur le ressenti d’une mère, mais la part «femme» de la mère est complètement occultée. Oui, bien heureusement une femme existe en dehors de ses enfants au cas où quelqu’un en douterait encore en 2021. 

Au lieu d’une famille conventionnelle sans problème particulier, Philippe Besson nous livre un cliché des plus caricaturaux. La femme fait la cuisine et gère les enfants, s’oublie elle-même évidemment. L’homme taille la haie et bricole dans le garage, leur fille est travailleuse et organisée, leurs garçons sont des flemmards. Des généralités à l’excès, régulièrement alourdies par des parenthèses. Et Patrick n’a jamais manifesté de détachement, de désintérêt (on raconte que certains hommes deviennent négligents, atones. Lui n’a pas cessé d’être actif, présent. S’il n’est pas extraverti, il n’a jamais sombré pour autant dans l’indolence).

 

Le style très factuel de l’écriture ne m’a pas du tout séduite et je n’ai malheureusement pas réussi à retrouver la plume sensible de Philippe Besson. Parfois… tout de même une phrase touchante,

«(…) tant de fois, ces instants ordinaires, magnifiques, inconsistants; pulvérisés en un seul dimanche.»

Une déception sur tous les plans.

De Philippe Besson, je préfère conserver le souvenir de mes lectures réussies. «Arrête avec tes mensonges» ou «Un certain Paul Darrigrand» sont deux romans intimistes, émouvants et magnifiques. 

Editions Juillard, janvier 2021, 208 pages

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