CE QU’IL FAUT DE NUIT – Laurent Petitmangin

Le petit vent de nostalgie qui se dégage de la photo de couverture du livre m’a littéralement emportée au coeur de ce bouleversant premier roman.

Une famille en Lorraine. Le père travaille à la SNCF, il est militant socialiste et se rend régulièrement à la section. Cet homme de conviction est très attaché à son fils ainé surnommé Fus.

Après plusieurs années à accompagner “la moman” dans sa maladie, ce père se retrouve veuf. Devant lui, une vie à mener et deux fils à éduquer. Un père courage qui adore ses enfants, et fait de son mieux pour garder la tête hors de l’eau. Les petits grandissent et deviennent jeunes adultes. Un jour, le père apprend que Fus fréquente l’extrême droite. 

Déçu, honteux des idéologies de son fils, il n’arrive plus à entretenir un dialogue avec lui. Un lien s’est brisé. Rien ne sera plus jamais pareil. Son fils l’a trahi. 

«J’avais honte. Désormais on allait devoir vivre avec ça, c’était ce qui me gênait le plus. Quoi qu’on fasse, quoi qu’on veuille, c’était fait: mon fils avait fricoté avec des fachos.»

Un mélange de colère, de honte et de culpabilité, empêche le père de passer outre les choix de son fils et l’enferme dans le silence. Pétri de regrets, il se souvient de l’enfance de son aîné, de leur vie de famille heureuse et ne peut rayer Fus de son existence. L’absence de “la moman” se fait sentir.

Fus accepte la situation sans se révolter, mais ne comprend pas “ce que ça change”. Ses goûts diffèrent de ceux de son père, mais il est toujours le même. Fus, désolé, ne cesse de faire bonne figure et garde sa souffrance pour lui. 

Gilles, le fils cadet subit lui aussi les conséquences de cette affaire. Et Jérémy, un ami, prend gentiment la place de Fus au sein de la famille.

En très peu de pages, la complexité des relations familiales est explorée avec beaucoup de justesse.

Nous pensons et promettons à nos enfants que nous les aimerons toujours, mais l’amour parental est-il vraiment sans limite? Un jour, tels les oiseaux qui s’envolent du nid, les enfants nous quittent avec pour bagages les valeurs que nous avons essayé de leur inculquer. Jusqu’où sommes-nous responsables de leurs erreurs? Comment accepter et accueillir leurs choix personnels, alors qu’ils ne sont pas conformes à nos convictions? 

A ce stade de l’histoire, Laurent Petitmangin a déjà plongé son lecteur dans un profond questionnement. 

C’est alors que tout bascule…

La lecture se poursuit en apnée, la gorge nouée, le coeur complètement ébranlé.  

Ce cours texte d’une émouvante pudeur m’a touchée coulée! 

«Que toutes nos vies, malgré leur incroyable linéarité de façade, n’étaient qu’accidents, hasards, croisements et rendez-vous manqués. Nos vies étaient remplies de cette foultitude de riens, qui selon leur agencement nous feraient rois du monde ou taulards. “J’ai été là au bon moment”, voilà ce que bien des gens comblés pouvaient confesser.»

La Manufacture de livres (éditeur indépendant), août 2020, 198 pages

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