LA VIE MENSONGÈRE DES ADULTES – Elena Ferrante

La folie Ferrante… A peine ma lecture commencée, je me suis mise à comparer ce roman avec la série L’amie prodigieuse. J’ai essayé tant bien que mal de faire comme si je n’avais jamais lu et adoré la saga en quatre volumes, mais impossible de ne pas y penser!

Une question me taraude: aurais-je plus apprécié La vie mensongère des adultes si je n’avais pas encore lu la fameuse série? Voici ce que j’espérais inconsciemment: retrouver L’amie prodigieuse. Or, il s’agit  bel et bien d’une toute autre histoire. Mes espoirs était donc bien mal placés dès le départ. 

Cette réflexion faite, La vie mensongère des adultes est un texte qui mérite une place à part entière dans le paysage littéraire. Car bien que beaucoup moins dense, ce roman présente plusieurs similitudes avec la saga napolitaine et il est tout aussi marquant, mais cette fois par sa noirceur. Elena Ferrante construit une oeuvre cohérente et passionnante. Ouvrez l’un de ses livres à n’importe quelle page et vous savez que vous êtes chez elle.

Quel plaisir de retrouver son écriture travaillée, presque épurée. Les pages s’avalent tant la lecture est facile. J’ai presque envie de dire, peu importe le sujet. 

Le sujet… justement. Dès la première phrase, Giovanna, fille unique privilégiée d’un couple de professeurs, nous apprend tout:

«Deux ans avant qu’il ne quitte la maison, mon père dit à ma mère que j’étais très laide.»

Alors jeune adolescente, Giovanna entend son père la comparer à sa tante Vittoria, une femme réputée moche et mauvaise. Giovanna se sent injustement dévalorisée et n’aura de cesse de se sentir laide tout au long du récit.

«Tout est resté figé – les lieux de Naples, la lumière bleutée d’un mois de février glacial, ces mots. En revanche, moi je n’ai fait que glisser, et je glisse aujourd’hui encore à l’intérieur de ces lignes qui veulent me donner une histoire, alors qu’en réalité je ne suis rien, rien qui soit vraiment à moi, rien qui ait vraiment commencé ou vraiment abouti : je ne suis qu’un écheveau emmêlé dont personne ne sait, pas même celle qui écrit en ce moment, s’il contient le juste fil d’un récit, ou si tout n’est que douleur confuse, sans rédemption possible.»

Obsédée par cette femme que son père a volontairement effacée des albums de famille, elle va immédiatement chercher à en savoir plus sur Zia Vittoria, sorte de sorcière intrigante, en froid avec ses parents depuis de nombreuses années.

Contrairement à Giovanna, Vittoria habite les quartiers pauvres de Naples, une partie de la ville qui est inconnue à Giovanna. En partant à sa rencontre, elle va non seulement faire la connaissance de Vittoria mais également celle d’une classe sociale différente de la sienne. 

Vittoria est une femme croyante et pratiquante, mais surtout elle a vécu le grand amour. Cette nouvelle relation va intensément bousculer la vie de Giovanna et influencer sa recherche d’identité. Sa Zia va se révéler bien différente de celle que ses parents lui avaient laissé entendre.   

L’auteure a un réel talent pour faire ressentir au lecteur les petites batailles qui se jouent à l’intérieur de la tête d’une adolescente et qui marquent la fin de l’enfance : la pression du passage à l’acte sexuelle et la recherche de l’amour, qui ne vont pas forcément de pair, les difficultés de l’amitié, la découverte des trahisons et du mensonge. Et ce moment fondateur où le regard porté sur les parents change. 

A l’image de Naples, le langage de Giovanna est dur, voire cru. Elle ne craint pas la vulgarité.
A l’image de Naples, les personnages sont noirs, mais ils sont tous infiniment vivants. 

Editions Gallimard, juin 2020, titre original «La vita bugiarda degli adulti», traduit de l’italien par Elsa Damien, 416 pages.

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