L’ENFANT PARFAITE – Vanessa Bamberger

Voici déjà plusieurs semaines que j’ai lu ce roman, je tarde parfois à écrire mes chroniques, mais celui-ci il faut absolument que je vous en parle! L’enfant parfaite porte le prénom de Roxane. L’adolescente de dix-sept ans fréquente un établissement scolaire élitiste à Paris. Ses parents sont divorcés, elle vit seule avec sa mère, son père est remarié et habite dans le Sud.

Élève brillante jusqu’ici, elle n’est pas entrée dans cette école chic par défaut, Roxane a toujours fait ce que ses parents attendaient d’elle. Exigeants pour son bien, ils ont toujours souhaité le meilleur pour leur fille. Surtout de grandes études.

Un chapitre sur deux, Roxane s’adresse au lecteur pour lui raconter son histoire qui s’ouvre en septembre 2017. Elle partage ses soucis quotidiens, la forte pression scolaire qu’elle ressent, les relations avec ses amis et ses amours. Avec son franc-parler plein de sensibilité, il ne faut pas long feu pour s’attacher à Roxane. Et imaginez un peu le bonheur… l’auteure nous fait pénétrer dans la tête et le coeur d’une adolescente de dix-sept ans, un exercice  auquel elle parvient d’ailleurs admirablement.

Au fil du texte, nous découvrons une jeune fille pleine de doutes et en manque de confiance. Rien de grave mais tout de même, beaucoup d’éléments à gérer. L’une de ses meilleures amies couche avec son ex petit ami, son acné de plus en plus forte lui mange le visage, son professeur de maths lui fait des remarques sur son travail. En vérité, il existe un immense gouffre entre ce que montre Roxane à ses parents et ce qu’elle est réellement. Sa mère la voit parfaite parce qu’elle ne la conçoit qu’ainsi. Elle pense par exemple que Roxane ne doit pas beaucoup travailler pour obtenir de bons résultats scolaires, ce qui n’est pas du tout le cas. Elle prend pour acquis que sa fille a beaucoup d’amies, elle ne remarque pas qu’aucune d’entre elles ne vient jamais chez sa fille. Non à cause de la qualité de leur relation avec Roxane, mais parce que les élèves qui fréquentent son école vivent dans de grands appartements luxueux et moins décentrés.

Sa mère doit souvent s’absenter pour son travail, mais Roxane sait se débrouiller, elle cuisine même parfois pour sa maman de sa propre initiative. Si Roxane l’aide tant et se montre si responsable, c’est parce que de manière inconsciente, elle pressent bien que sa mère, très occupée par ses propres problèmes, n’est pas apte à supporter les tracas de sa fille. Puisqu’elle ne peut pas se permettre de déranger sa mère, Roxane se libère parfois en lui lançant des critiques méchantes. Le gouffre entre elles se creuse de plus en plus.

«Mélanie veut que j’aille bien, alors je fais comme si c’était le cas pour ne pas l’inquiéter. Elle ne saurait pas gérer ni amortir mon malheur. Si j’allais mal elle irait mal aussi. Si j’allais mal elle aurait vraiment tout raté.»

L’autre chapitre sur deux, François, médecin cardiologue, nous parle de son passé, de son quotidien. Un drame est arrivé, mais les circonstances de celui-ci ne sont pas très claires. Nous le sentons en difficulté, empli de regrets. Lui aussi aimerait un fils parfait, mais cela ne fonctionne pas. Bientôt François sera jugé. Mais pour quel crime? Ce personnage offre au lecteur le point de vue du parent et du rapport à son fils. François respectera-t-il les choix de celui-ci?

«Il croit savoir ce qu’il faut dire et ne pas dire à un enfant, jusqu’à quel point son parent doit le soutenir, l’accompagner, l’écouter, le valoriser, exprimer la fierté qu’il lui inspire, ne jamais le juger, mais exercer sa vigilance permanente, il a son idée sur le dialogue qu’il est indispensable d’instaurer afin que la parole se substitue aux médicaments, aux drogues, au silence, à l’isolement, ces mots qu’il faut à tout prix tirer de l’adolescent, comme on extrait l’essence d’une fleur par macération, distillation, pression, peu importe du moment qu’elle jaillisse, car la souffrance doit suppurer pour être vue et soignée.»

La construction de ce roman est bluffante. Impossible d’en dire plus sans gâcher le suspens, mais une intrigue se dessine rapidement et le lien flou entre Roxane et François va se définir plus nettement. Un drame bouleversant nous est alors dévoilé.

L’auteure Vanessa Bamberger, nous offre par ce roman une occasion de revoir notre copie, de prendre de la hauteur. Si vous êtes parents d’adolescents, ou que l’envie de vous glisser dans la peau de l’un de ces jeunes pour quelques heures vous a toujours titillé, partager ses peines et interrogations, croyez-moi, ce livre est une bombe! 

Une lecture dont on ne ressort pas indemne. 

«Décidément, à l’endroit de vos enfants, une tache aveugle vient se placer.»

Éditions Liana Levi, janvier 2021, 272 pages

3 Comments

  • Marie-Claude Rioux

    La belle affaire! Je veux lire ce roman, moi!

    Je suis parent d’une adolescente et j’ai toujours envie de côtoyer le monde des ados (mais pas de me (re)glisser dans cette période trouble).

    Merci pour la suggestion!

    • meellaa

      Dans ce cas, il devrait t’intéresser! Moi non plus je n’aimerais pas revivre cette période-là…
      Et cerise sur le gâteau, un glossaire langagier ado se trouve en fin d’ouvrage. J’ai testé mes enfants, ils m’ont épatée. Ce dictionnaire ne m’était pas de trop durant ma lecture… bon je l’ai découvert lorsque j’avais déjà lu la moitié…🤪

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