LE COÛT DE LA VIE – Deborah Levy

«A priori, le chaos représente notre pire crainte, mais j’en suis venue à croire que c’est peut-être ce que nous désirons le plus. Si nous ne croyons pas à l’avenir que nous planifions, à la maison que nous payons avec un emprunt, à la personne qui dort à nos côtés, alors peut-être qu’une tempête (longtemps tapie dans les nuages) pourrait nous rapprocher de ce que nous voulons être au monde. (…)
La vie vole en éclats. On essaye de se ressaisir et de recoller les morceaux. Et puis on comprend que ce n’est pas possible.»

Deuxième volet de l’oeuvre autobiographique de Deborah Levy, «Le coût de la vie» accroche son lecteur dès les premières phrases.

«C’était comme si nous avions passé un pacte au moment de notre rencontre d’en savoir moins l’un sur l’autre plutôt que plus.»

A cinquante ans, l’auteure quitte son époux et sa belle maison victorienne et prend le risque de vivre pour elle.

Deborah Levy se retrouve seule avec ses deux filles, dans un appartement londonien sans confort, à la tuyauterie usagée qu’elle se met en tête de réparer elle-même. Entre son eau chaude à payer et la poursuite de son projet d’écriture, elle pose un regard lucide, sans aucune amertume, sur son divorce et entame le deuil de sa vie de couple. 

«Pour moi, il n’y aura pas de fin au deuil de ce vieux désir de vivre un amour durable qui ne réduirait pas ses personnages principaux à moins que ce qu’ils sont.»

Deborah Levy nous offre une réflexion passionnante sur la place de la femme au sein de la société et de la famille. La dévotion, l’habilité et la générosité que requiert l’aménagement d’un foyer harmonieux, afin que chaque membre de la famille puisse s’y sentir à l’aise. Elle appelle ça «être architecte du bien-être de tous les autres».

Le choix du divorce a impliqué le renoncement à ce lieu de maison familiale pour lequel elle a tant donné d’elle-même, «c’est comme casser une pendule».

La romancière disserte longuement sur ce que les enfants attendent d’une mère. Celle à qui l’enfant pourra reprocher d’être tantôt trop invasive, tantôt pas assez présente. Une mère qui pourra être tenue responsable de tous les maux puisque c’est elle qui est là.

«À quoi peuvent bien nous servir des mères rêveuses? Nous ne voulons pas de mères qui portent le regard au-delà de nous, qui désirent être ailleurs. Nous avons besoin qu’elles soient de ce monde, pleines de vitalité, capables, entièrement présentes pour répondre à nos besoins.»

Je pourrais vous citer des passages entiers de ce récit si intime et si touchant. Une voix, certes féminine et féministe, mais qui pose la question très vaste du prix à payer pour vivre libre. Chaque choix se paie et vivre une vie que l’on s’est choisie a son coût. Dans ce contexte, l’auteure souligne qu’il est bien plus facile de se moquer de ses désirs que de les revendiquer. 

Avec une bonne dose d’humour, cette femme désormais célibataire, nous raconte les difficultés auxquelles elle doit faire face seule. Elle partage quelques situations rocambolesques qui seront susceptibles de rappeler des souvenirs à chacun de nous, divorcé ou marié. Le genre de moment que l’on nomme un moment de solitude.

«Le coût de la vie» est un texte riche, bourré d’espoir, teinté d’un optimisme irrésistible.

Deborah Levy termine son récit par quelques lignes bouleversantes, comme un hommage à sa mère. J’allais vous les citer, mais non, préférez plutôt lire l’ouvrage, vous verrez c’est très très beau.

Pour terminer, une note d’espoir de l’auteure, librement inspiré d’un poème d’Emily Dickinson. « (…), l’espoir est cette chose qui porte un costume de plumes et inlassablement chante malgré le découragement et la négligence.»

A l’identique du premier volet «Ce que je ne veux pas savoir» (voir chronique précédente), «Le coût de la vie» est évidemment…

UN COUP DE COEUR ! ❤️

Et de même, l’objet livre est une réussite : la photo de couverture tiré du film de Godard Vivre sa vie (1962), la typographie et la qualité du papier, tout s’accorde avec harmonie et qualité.

Lu il y a quelques semaines déjà, j’ai été très heureuse d’apprendre que ce livre ainsi que le premier volet «Ce que je ne veux pas savoir» sont récompensés par le Prix Femina étranger 2020.

Avec admiration et respect, je réitère: BRAVO !

Éditions du sous-sol, août 2020, titre original «The Cost of Living», traduit de l’anglais par Céline Leroy, 160 pages

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