NORMAL PEOPLE – Sally Rooney

Marianne et Connell fréquentent le même lycée situé dans une petite ville d’Irlande. La mère de Connell travaille comme femme de ménage pour la mère de Marianne, une adolescente un peu en marge, solitaire et pas tellement dans le vent, issue d’une famille aisée. Connell est le gars tendance du lycée, élevé par sa mère seule.

Ces deux adolescents se voient uniquement lorsque Connell passe chercher sa mère après son travail. Débute entre eux une relation amoureuse qu’ils tiennent cachée afin d’éviter les réactions des autres. 

Nous suivons l’évolution de ces deux personnages sur plusieurs années. Ils se séparent pour se retrouver à l’université à Dublin. Les rôles sont inversés, Marianne est bien intégrée au contraire de Connell, un peu moins à l’aise dans cette nouvelle vie.

Ils se séparent, et se retrouvent. Mais surtout, ils s’aiment d’un bel amour bienveillant et s’entendent sur tous les plans.

Ce roman ne figurait pas au rang de mes intentions de lectures. De passage en librairie lors de sa sortie en français, je l’ai même eu entre les mains, attirée par le bandeau «1 million d’exemplaires vendus», puis reposé après avoir lu la quatrième de couverture…bof. Deux jours plus tard, totalement influencée par les avis dithyrambiques postés sur les réseaux sociaux, j’étais plongée dans Normal People. Même s’ils sont parfois agaçants et qu’il est pénible de comprendre certaines de leurs actions, les personnages de ce roman sont si attachants qu’il m’a été bien difficile de les lâcher.

Mais pourquoi ce livre est-il tant apprécié? Question qui me taraude. Ni drame majeur, peu de rebondissements. Bon, avouons que le lecteur est prévenu, Normal People, des gens normaux. Nulle question de personnes ou de thèmes exceptionnels. Cela pourrait être vous, moi, nos enfants, nos voisins. Il s’agit d’émotions que nous aurions pu ou avons pu ressentir face à nos amis, nos amours, nos parents.

Une histoire passe-partout somme toute? Une telle conclusion serait sans compter sur le pouvoir narratif de la jeune auteure irlandaise Sally Rooney, née en 1991. Son écriture fine s’attèle avec justesse à mettre en lumière les sentiments de la jeunesse, le sexe, les liens amicaux et familiaux, l’ennui et la difficulté de se trouver soi-même.

La mère de Marianne ne l’aime pas, son frère la harcèle. Connell aimera une autre femme. Marianne croira aimer un autre homme qui la méprisera. Ni drame, ni rebondissement? Si, mais ceux de la vie tout court.

«Il sent une certaine réceptivité dans l’expression de Marianne, comme si elle récoltait des informations sur l’état d’esprit de Connell, chose qu’ils ont appris à faire l’un avec l’autre depuis longtemps comme un langage qui n’appartient qu’à eux.»

Marianne et Connell s’aiment sans condition. Un lien invisible aux yeux des autres, mais des plus naturels pour eux. Sans le vouloir, ils ne se montrent sous leur vrai jour qu’entre eux deux. La vraie Marianne, le vrai Connell n’existent que dans ce couple. Ils se séparent sans fracas et se retrouvent naturellement. Finalement, une histoire pas si courante que ça. Qui fait du bien ma foi.

«Ainsi ce serait fini, et il n’y aurait plus rien? Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire, n’être plus rien pour elle? Il pourrait l’éviter, mais dès qu’il la reverrait, même s’ils ne faisaient qu’échanger un regard devant une salle de conférences, il serait impossible que ce regard ne contienne rien. Jamais il ne voudrait qu’il en aille ainsi.»

Une lecture addictive, littéralement avalée en deux jours. 

Le premier roman de Sally Rooney «Conversations entre amis», sorti en poche, a déjà grillé la priorité aux autres livres qui m’attendaient… 

«Vraiment, se dit-elle, vraiment. Les gens peuvent vraiment se changer mutuellement.»

Éditions de l’Olivier, mars 2021, titre original «Normal People» traduit de l’anglais (Irlande) par Stéphane Roques, 320 pages

6 Comments

  • Marie-Claude

    Je suis plutôt allergique aux histoires d’amour! Il faut qu’elles soient atypiques pour m’emballer.
    J’avais tentée le coup avec Conversations entre amis, voulant aimer, mais abandonné. Je trouvais que les personnages étaient trop lisses, sans aspérités. Peut-être que j’aurais dû aller plus loin que ma première impression d’une trentaine de pages…
    J’en profite pour te dire que je suis complètement fan de ton blogue, que j’ai découvert bien trop tard! J’adore tes choix littéraires, ton style et ton esthétisme. Voilà, c’est dit!

    • meellaa

      Oh mais merci, tes mots me vont droit au cœur Marie-Claude ❤️ Surtout venant d’une lectrice et blogueuse comme toi!
      Ton blog est tellement génial, je ne manque aucun article et ce, depuis quelques années déjà. Je l’adore! Un honneur que tu t’intéresses à mes écrits.

      Pour en revenir à Normal People, c’est sûr que si tu n’es pas friande d’histoires d’amour, tu ferais mieux de passer ton chemin pour celui-ci.

        • meellaa

          Mon blog est tout récent, mis en ligne fin 2019… C’est très encourageant de recevoir des avis positifs tels que le tien, merci!

          • Marie-Claude Rioux

            J’espère que tu es là pour rester et ne pas arrêter la machine dans un an, comme d’autres! Je ne mets pas la pression, là. Juste que ça me chagrinerait de ne plus te lire ici.

          • meellaa

            J’y compte bien! Il est vrai qu’il est frustrant de voir disparaître du jour au lendemain des blogs que l’on apprécie.

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